Démonter l'ancienne école pour porter ses pierres dans la nouvelle, et faire de la cour une place de village.
Déplacer l'école d'un village du Luberon, rénover sa cantine, requalifier son aire de jeux : le programme pouvait appeler un bâtiment unique, posé là, autosuffisant. Nous avons proposé autre chose — une série de petites maisons qui se répondent entre elles et avec ce qui les entoure, toits en pente et tuiles canal, murs enduits à la chaux, menuiseries de bois. Les formes du village, reprises pour ce qu'elles savent faire, sans pastiche ni reconstitution.
La construction tient en peu de mots : une ossature modulaire en bois massif, partiellement préfabriquée, et des murs remplis de bottes de paille enduites de chaux-terre sur les deux faces. Pas de pare-vapeur, pas de bardage ventilé — la paille isole, les enduits régulent l'humidité, les murs très épais font le reste. À l'intérieur, des murs de pierre de réemploi et de brique de terre crue captent la chaleur d'hiver et la restituent lentement. Une cheminée solaire, dispositif vernaculaire que l'on connaît depuis toujours, suffit à ventiler et rafraîchir l'été sans la moindre machine.
Mais le geste qui nous tenait le plus à cœur concerne l'ancienne école. Elle doit être démolie ; nous avons proposé qu'elle passe dans la nouvelle. Sa pierre revient en soubassement et en murs d'inertie, ses fermettes de bois en mobilier intégré. Et surtout, que cette démolition devienne un événement : que les habitants viennent, que la pierre et le bois soient démontés et portés jusqu'au chantier voisin, comme un geste de transmission entre l'ancienne école et celle de leurs enfants. Une école ne remplace pas seulement un bâtiment — elle hérite d'une mémoire.
Le reste découle de cette idée. Trois cours, dont la principale à l'arrière, ombragée par les arbres conservés, accessible depuis tous les points de l'école ; aucun sol imperméable, pour que les enfants aient la terre sous les pieds. Et côté rue, le terrain de sport, l'aire de pique-nique et le jardin public restent ouverts en dehors du temps scolaire, la vieille maison servant aux fêtes du village. Non pas une école fermée sur elle-même, mais une véritable nouvelle place de village.
Ce concours ne nous a pas été attribué.
Mission :
Concours — école primaire, cantine et abords (non retenu)
Surface :
253 m2
MOA :
Commune de Saint-Martin-de-Castillon
MOE :
AAUN, architecte mandataire ;
CALDER, structure ;
Sol'air, thermique, QE.
Budget — travaux HT :
828 000 € HT
(école 708 000 € — cantine 59 000 € — abords 38 000 € — démolitions et réemploi 23 000 €)


