Musée des Mammifères Marins “Pélagos”, Isola d’Elba
Ile d'Elba (Italie)
2020
065

Dans l'arsenal des Médicis, où l'on construisait les galères de guerre, un parcours menait de l'histoire des hommes à la rencontre de la baleine bleue.

Au milieu du XVIᵉ siècle, Cosme Iᵉʳ de Médicis a fondé Portoferraio, qu'il a appelée Cosmopolis, et l'a entourée de fortifications pour défendre la côte toscane. Juste derrière les remparts, il a fait bâtir les Galeazze, l'arsenal où l'on construisait les galères de la flotte médicéenne. Il est moins imposant que les bastions, mais il a été bâti à la même époque et avec la même force. On y trouve deux grandes nefs voûtées, séparées par une file de piliers massifs. Comme les arsenaux de Pise, il s'ouvrait autrefois vers les murs et la mer par de grandes arcades, par où sortaient les navires. On le voit sur toutes les vues anciennes de la ville.

Le bâtiment a ensuite beaucoup changé. La façade a été reprise sans tenir compte de son passé. À l'intérieur, un supermarché avait cloisonné et rehaussé le volume, et avait caché les voûtes derrière un faux plafond. On ne les apercevait plus que là où ce plafond s'était effondré. Le Parc national de l'Archipel toscan a voulu y installer un centre d'interprétation du Sanctuaire Pelagos, l'espace marin où vivent les cétacés de Méditerranée, au centre duquel se trouve l'île d'Elbe. Pour nous, c'était l'occasion de rendre à la ville l'espace de l'arsenal.

Nous avons pensé la visite comme un chemin. Il allait de Portoferraio vers la mer, des navires de guerre vers les squelettes de mammifères marins, et d'une histoire de conflits entre les hommes vers une autre relation avec les animaux. Rencontrer une baleine, cela se mérite : il fallait donc ne pas la montrer tout de suite.

On entrait d'abord par un narthex, un abri ouvert sur la rue où des maquettes de cétacés étaient suspendues. On passait ensuite dans une « nef-baleine », une longue structure en bois construite entre les deux nefs. Elle ressemblait à la fois à la coque d'un navire retourné et à la colonne vertébrale d'un grand mammifère : la quille devenait l'échine, et les membrures devenaient les côtes. Le long de cette galerie, quatre séquences racontaient l'histoire des galères et des guerres, puis la chasse qui a presque fait disparaître les cétacés, puis la prise de conscience de la nécessité de les protéger, et enfin une nouvelle façon de vivre avec eux. À travers les membrures, on devinait déjà la silhouette du géant.

Au bout, on arrivait dans la grande nef, entièrement libérée et rendue à son volume d'origine. La baleine bleue y était suspendue aux arcs, dans la lumière et les sons des fonds marins. La seconde nef accueillait les autres espèces du sanctuaire, puis venait une salle de projection en gradins. On remontait ensuite, comme on sort de l'eau, vers la librairie et les produits de l'île, avant de revoir une dernière fois la baleine d'en haut.

Tout ce que nous ajoutions était en bois, préfabriqué et démontable, et venait si possible de la région. Nous n'avons rien encastré dans les murs anciens. Les maçonneries devaient être restaurées à la chaux, et les réseaux passaient en apparent. Ainsi, le monument pourrait un jour changer d'usage sans subir de nouveaux dommages.

Ce concours ne nous a pas été attribué.

Mission :
Concours — conception architecturale et muséographique (non retenu)

Surface :
nv. 1 540 m²

MOA :
Parco Nazionale Arcipelago Toscano

MOE :
AAUN (mandataire), architecte du patrimoine ;
Jacques Anglade, Anastasia Terres, Adela Ciurea – Atelier NAO - structure bois ;
Paola Favino, architecte.

Budget — travaux HT :
1 500 000 €

Protection MH :
ancien arsenal médicéen des Galeazze (XVIᵉ s.), adossé à l'enceinte de Cosmopolis, Portoferraio