En 1784, quand l'Europe dessine des jardins anglais, un seigneur auvergnat choisit la Toscane.
Au Moyen Âge, les seigneurs de Bosredon possédaient les coulées de lave du puy de la Nugère — dont on tira la pierre sombre de la cathédrale de Clermont. Leur château, détruit par les Anglais en 1373, est relevé, puis entièrement reconstruit en 1784 par Jean-François Pierre Valette, sur un dessin attribué à l'architecte riomois Claude François Marie Attiret. De la forteresse médiévale ne subsistent qu'une tour ronde et une grande salle d'armes voûtée — enfouie sous la cour d'honneur.
Le jardin date de cette même campagne, et il est à contre-temps. À la fin du XVIIIe siècle, la mode est aux jardins pittoresques et anglo-chinois ; Valette fait le choix inverse et regarde vers l'Italie du XVIe et la France du XVIIe siècle. Terrasses, rampes, parterre de broderies, grotte et bassin de Neptune, statues mythologiques : un jardin qui évoque la campagne toscane plus que le goût de son temps.
Le XXe siècle l'a dispersé. Vendu aux enchères en 1901, le château devient hospice, puis maison des associations, puis en 1988 le musée Marcel Sahut ; l'ancien potager est cédé pour construire une maison de retraite. Le domaine se retrouve coupé en deux, et le parcours qui menait de la rue à la cour d'honneur, puis de la cour au jardin intime, a perdu son fil.
Faute de sources, revenir à un état historique de référence était impossible ; le site ayant vécu, ce n'était pas davantage souhaitable. Le projet s'est donc donné trois attitudes : conserver ce qui structure encore le jardin et peut être restauré, compenser ce qui manque à sa lecture ou ce qui le dessert, intervenir là où de nouveaux usages l'exigent.
La cour d'honneur a retrouvé une géométrie régulière, un parterre de gazon et ses murets bas qui gardent ouverte la vue vers Riom ; son centre reste libre pour les fêtes de la ville. Pour y apporter l'ombre, une pergola contemporaine évoque les galeries couvertes des jardins de la Renaissance. La clôture a été étendue pour réintégrer le tympan gothique, comme sur le cadastre de 1809, et le bassin qui le borde remis en eau.
Sur les pentes, entre les rampes et les rocailles, nous avons planté une vigne, à la façon toscane — rendant littéral le paysage que le jardin de Valette ne faisait qu'évoquer. Autour du parterre, charmilles taillées, arbres de Judée et tilleuls reprennent le langage des jardins réguliers pour tenir à distance la maison de retraite et la route. Et quatre statues rachetées par la commune, identifiées comme appartenant au groupe des Muses de l'Hélicon, ont retrouvé leur place dans le jardin.
Mission :
Mission complète et OPC
MOA :
Commune de Volvic
MOE :
AAUN, architecte du patrimoine mandataire ;
Bettina Gillet, architecte du patrimoine ;
CERES / Jérémy Dupanloup, paysagiste du patrimoine
Budget — travaux HT :
541 000 € HT
Protection MH :
Tympan inscrit en 1929 ; façades, toitures, terrasses et jardin en 1971 ;
escalier, orangerie, clôture et portail, bassins et statues mythologiques en 2010


