Deux Hercule aux traits égyptiens gardent la porte depuis 1866. Au-dessus d'eux, certains chapiteaux attendent encore leur sculpteur.
En 1866, tandis que Théodore Ballu achève l'église de la Trinité et que l'on trace la place qui s'ouvre devant elle, l'architecte Charles Forest élève à l'angle un immeuble de rapport. Il le signe et le date près du grand portail. Trois façades donnent sur la rue Saint-Lazare, sur la place et sur la rue de Châteaudun — la même place que Renoir peindra neuf ans plus tard.
L'édifice ne ressemble pas à ses voisins. Là où l'immeuble haussmannien s'impose une grande rigueur, celui-ci s'accorde une liberté d'ornement toute éclectique : pilastres à bossages néo-Renaissance, ordre colossal corinthien, frontons grecs, et surtout, de part et d'autre du portail, les deux atlantes de Joseph-Michel Caillé. Ce sont deux Hercule aux traits égyptiens, vêtus de la seule peau du lion de Némée dont la tête les coiffe. Aller chercher en Égypte plutôt qu'à Rome ou en Grèce : l'audace annonce de plusieurs décennies la liberté des façades post-haussmanniennes.
Le diagnostic a révélé ce que l'œil ne voyait plus. Certains décors n'ont jamais été achevés : à la place de chapiteaux et de frontons, des pierres simplement épannelées, de même nature que les décors terminés — le sculpteur s'est arrêté en cours de chantier, et personne n'est jamais revenu. Nous les avons laissés tels quels. Cet inachèvement a cent cinquante ans, il appartient à l'histoire de l'immeuble ; le compléter aujourd'hui aurait été inventer. À l'inverse, certains éléments avaient été refaits sans soin lors du ravalement de 1991 — des têtes de lion, des modillons à la facture grossière qui trahissaient le décor au lieu de le prolonger. Ceux-là ont été remplacés. On a donc respecté l'inachevé de 1866, et corrigé le fini de 1991.
Des menuiseries d'origine, il ne restait que cinq fenêtres à l'entresol. Ce sont elles qui ont servi de modèle : leur dessin, leurs profils et la couleur retrouvée par stratigraphie ont guidé la restitution de l'ensemble. La grande porte cochère, restaurée en atelier, a été libérée des couches de peinture qui empâtaient ses médaillons à profils de femme.
Le tout sans jamais arrêter l'immeuble. Les bureaux sont restés occupés du premier au dernier jour, et le chantier a progressé étage par étage, en y intégrant l'isolation par l'intérieur.
Mission :
Mission complète
Surface :
674 m² de façades
MOA :
Maîtrise d'ouvrage privée
MOE :
Monica Donati, architecte
AAUN, architecte du patrimoine
Budget — travaux HT :
1 533 860 € HT
Protection MH :
Façades et couvertures sur rue inscrites au titre des monuments historiques en 1977


