Une usine où, disait-on, même le diable n'aurait pas voulu vivre. Les artistes, eux, s'y sont installés.
Dès 1476, une meule à aiguiser tourne ici, au fond de la gorge de la Durolle, dans la vallée des Usines de Thiers. Au XIXe siècle, elle devient une coutellerie où l'on forge et émoud les lames à la force de l'eau. Chaleur, vacarme, accidents : l'endroit gagne son nom, le Creux de l'Enfer. Après un incendie en 1934, on repeint sur la façade un grand diable rouge, qui y est toujours. L'usine ferme en 1956, quand l'électricité libère l'industrie de la rivière.
Trente ans d'abandon suivent. Puis en 1985, un symposium de sculpture sur métal réveille le site : George Trakas lance au-dessus de la cascade son Pont de l'épée. La ville rachète l'usine, et les architectes Xavier Fabre et Vincent Speller la transforment en 1988 en centre d'art, en gardant les engrenages, les poulies, la roche à nu. Le lieu deviendra centre d'art contemporain d'intérêt national.
Trente ans plus tard encore, le centre d'art manque de place et le bâtiment vieillit. Autour de lui, la vallée aligne des usines désaffectées, dont plusieurs appartiennent à la commune.
Notre étude a d'abord relu l'édifice : reconstitution de ses étapes de construction, datation relative de ses parties, état sanitaire. Puis elle a posé la question de son avenir sous la forme de deux scénarios. Le premier concentrait : tout gagner à l'intérieur, annexer les locaux voisins, libérer le plan pour les expositions, installer une terrasse-belvédère démontable. Le second rayonnait : déployer le centre d'art le long de la vallée, en faisant des usines vides autant de lieux d'exposition reliés par des passerelles. Le Creux de l'Enfer y devenait la tête d'une vallée reconquise.
C'est ce second chemin qui a été pris. En 2025, l'usine du May voisine a été reliée au centre d'art par un passage couvert — la première usine de la vallée à rejoindre le Creux de l'Enfer désormais rénové.
Mission :
Étude patrimoniale, diagnostic et faisabilité, programmation
MOA :
Commune de Thiers et centre d'art Le Creux de l'Enfer
MOE :
AAUN, architecte du patrimoine mandataire ;
Bettina Gillet, architecte du patrimoine ;
Philippe Belin, architecte programmiste ;
ALTAIS, bureau d'études fluides et structure.
Budget — travaux HT :
Trois scénarios de 633 550 € à 1 391 750 € HT,
de la base d'urgence au projet complet
Protection MH :
SPR


