Un hôtel « entre cour et jardin » de la fin du XVIIᵉ siècle, légué par un marbrier à sa ville : lui rendre ses fenêtres, et protéger de la lumière les œuvres qu'il abrite.
En 1694, l'architecte Nicolas Charpentier a élevé cet hôtel rue Grignan pour la Compagnie du Cap Nègre, qui faisait commerce du corail, des laines et des cuirs. La ville s'étendait alors vers l'Arsenal, sur un plan en grille voulu par Louis XIV. Au lieu de la façade baroque qui dominait encore à Marseille, Charpentier a choisi le modèle parisien de l'hôtel en retrait de la rue, entre une cour et un jardin. Ce plan est resté rare à Marseille.
La famille Montgrand y a vécu près d'un siècle. En 1836, l'hôtel a cessé d'être une résidence : le Cercle des Phocéens s'y est installé pour près de cent ans. En 1888, Jules Cantini l'a acheté. Fils d'immigrés italiens, il avait fait fortune comme tailleur de pierre, sculpteur et marbrier. À sa mort en 1916, il a légué l'hôtel à la Ville et lui a demandé d'y créer un musée. Le musée a ouvert en 1936. D'autres campagnes de travaux ont suivi en 1950, en 1998 et en 2013. Chacune a laissé sa trace sur les fenêtres : certains châssis datent encore du XVIIIᵉ siècle, d'autres sont de la fin du XIXᵉ siècle, des années 1930 ou de l'après-guerre. Beaucoup avaient été murés côté salle derrière des doublages en plâtre. Les volets avaient disparu, et il ne restait que quelques gonds.
Nous avons commencé par l'histoire du bâtiment, en cherchant dans les archives municipales, les journaux et les photographies anciennes. Nous avons ensuite daté chaque fenêtre d'après ses ferrures, ses paumelles et la forme de ses assemblages. Nous voulions retrouver un ensemble cohérent là où chaque époque avait ajouté quelque chose.
Aujourd'hui, nous restaurons les façades et les menuiseries anciennes. Nous conservons leurs quincailleries et remplaçons à l'identique, en chêne, les fenêtres qui ne pouvaient pas être gardées. Les stores rapportés et les films collés sur les vitres sont retirés. À leur place, nous restituons des volets intérieurs et des occultations intégrées aux salles, pour que les collections restent protégées de la lumière sans que les façades de l'hôtel en soient altérées.
Mission :
Diagnostic, mission complète et OPC
MOA :
Ville de Marseille
MOE :
AAUN, architecte du patrimoine
Budget — travaux HT :
370 000 €
Protection MH :
Édifice remarquable dans un site patrimonial remarquable (immeuble à conserver avec prescriptions particulières)


