Chapelle Sainte Eugénie, Nîmes
Nimes (30)
2026
096

Restaurer la plus ancienne église de Nîmes sans effacer aucune de ses strates — du berceau roman à la façade moulée en ciment naturel.

Citée dès 956 dans le cartulaire du chapitre cathédral, Sainte-Eugénie est le plus ancien édifice religieux de la ville, et le seul à avoir échappé aux destructions de la fin du XVIe siècle. Poudrière sous les guerres de Religion, vendue comme bien national en 1792, fabrique de billards jusqu'en 1876, elle retrouve le culte en 1877 — qu'elle n'a plus quitté depuis. Chaque épisode a laissé sa trace dans la pierre.

L'édifice se lit comme une coupe : nef du Xe siècle voûtée en berceau sur arcs doubleaux, dalles funéraires du XIIe, chœur du XVe remanié en 1654 sous une croisée d'ogives à liernes et tiercerons, décor néogothique et façade occidentale des années 1880. Le diagnostic consiste d'abord à démêler cette stratification, à comprendre ce que chaque campagne a apporté et fragilisé, avant de décider où intervenir. Aucune époque n'est arbitrée au profit d'une autre.

La façade est l'élément le plus singulier et le plus vulnérable. Entièrement refaite vers 1880-1885 en ciment moulé sous la direction de l'architecte E. Poitevin, par les cimentiers marseillais Gissler et Bember avec le sculpteur Adolphe Royan, elle compte parmi les premières applications monumentales du ciment naturel à un décor sculpté. Ce matériau précoce, encore mal documenté, supporte mal l'eau, les sels et les reprises au ciment moderne : sa restauration exige des protocoles ciblés, élaborés en lien avec le Laboratoire de recherche des monuments historiques (LRMH), et des mortiers compatibles plutôt que des substitutions.

La reprise des eaux pluviales concentre les difficultés. Sur la façade occidentale, le parement en ciment moulé ne tolère ni percement ni fixation banale. Sur les autres élévations, restées en pierre nue, l'obstacle est différent : la chapelle est profondément enclavée dans le tissu urbain, et ces façades ne se laissent atteindre que par des cœurs d'îlot exigus, sans recul ni accès direct. Chaque descente, chaque chéneau doit donc être conçu en tenant compte à la fois de sa compatibilité avec le support et des conditions très contraintes de sa mise en œuvre — et de sa maintenance future. Les épisodes cévenols et les désordres qu'ils entretiennent, notamment au fronton-clocher, ne laissent pourtant pas le choix.

AAUN assure le diagnostic, l'étude de faisabilité et la maîtrise d'œuvre, depuis les travaux d'urgence de consolidation du fronton-clocher jusqu'à la restauration de la façade, avec BETM pour les études de structure.

Mission :
Diagnostic patrimonial, étude de faisabilité et maîtrise d'œuvre ;
travaux d'urgence de consolidation du fronton-clocher, puis restauration de la façade

MOA :
Ville de Nîmes

MOE :
AAUN, architecte du patrimoine ;
BETM, structure

Budget — travaux HT :
837 302 € HT

Protection MH :
Inscrite au titre des monuments historiques