Depuis 1969, on y conserve la mémoire microfilmée de la France. C'est le château, lui, qui s'efface.
Le domaine d'Espeyran empile les époques comme peu de sites en France. Au VIe siècle avant notre ère s'y tenait Rhodanousia, comptoir grec de la lagune, dont les fouilles ont livré les vestiges. En 1119, un prieuré dépendant de l'abbaye de Saint-Gilles s'y installe, avec son église et la résidence d'été de l'abbé. Vendu comme bien national à la Révolution, le domaine est reconstitué en 1791 par Guillaume Sabatier, qui y plante la vigne. Puis au XIXe siècle, Frédéric Sabatier d'Espeyran en fait une résidence de chasse et confie sa modernisation à Henri Revoil — grand parc, écuries, manège, hippodrome. Le château sera étendu et surélevé en 1879.
En 1963, une partie du domaine est léguée aux Archives de France. Six ans plus tard s'y installe le Centre national du microfilm : c'est ici, dans ce château camarguais, que la nation conserve les copies de sécurité de ses archives. Le lieu qui garde la mémoire du pays.
Or ce lieu se dégrade. Des insectes xylophages ont colonisé les collections, le mobilier et tous les bois de la charpente. L'eau monte dans les murs, particulièrement dans la chapelle ; les couvertures fuient sur presque toute la longueur des façades ; les pierres de taille des encadrements et des chaînes d'angle se désagrègent.
Le diagnostic a permis de comprendre pourquoi. Les enduits de façade ont été refaits avec un mortier trop hydraulique : ils ont rendu les murs imperméables par l'extérieur. L'eau qui monte du sol ne peut plus s'évaporer où elle le devrait, alors elle se rabat vers l'intérieur — et surtout elle s'échappe par les pierres décoratives, seuls points perméables restants, qu'elle détruit en y déposant ses sels. Ce que l'on croyait protéger est précisément ce qui tue. La correction va dans l'autre sens : purger la première couche, refaire en trois couches à la chaux, puis restaurer les pierres.
Reste le constat le plus dérangeant, que l'étude de 2017 formulait déjà et que nous confirmons. Le château souffre d'être fermé. C'est le confinement des espaces, l'absence d'usage quotidien, qui laisse prospérer les insectes et s'installer l'humidité. Assainir et refaire le clos-couvert ne suffira pas : sans une fonction claire et une fréquentation régulière, le monument dépérira de nouveau, pour les mêmes causes. C'est la conclusion que nous avons portée à la maîtrise d'ouvrage.
Mission :
Diagnostic et étude de faisabilité — assainissement et clos-couvert
MOA :
OPPIC, pour les Archives nationales
MOE :
AAUN, architecte du patrimoine ;
Durand, fluides ;
Alphasol, géotechnique
Budget — travaux HT :
3 000 000 € HT — estimation au stade du diagnostic
Protection MH :
Façades et toitures inscrites en 1974 ;
inscription étendue en 2009 à la totalité du château, aux écuries,
à la parcelle des fouilles archéologiques et au parc


