Une verrière Art nouveau à l'est, une verrière d'acier à l'ouest
Elle s'élève à partir de 1826 au creux d'un parc savant, dessiné dans la tradition humaniste et inspiré du Songe de Poliphile — il s'y trouvait une arcadie, une source, des rochers tremblants. En 1871, le peintre et graveur Antonin-Marie Chatinière y vient en visite, tombe sous le charme et peint la demeure. Sa femme lui offrira le domaine pour en faire son atelier ; il y travaillera jusqu'en 1904.
Cette année-là, Marius Chauvain, vermouthier sétois, rachète la maison et entreprend de la refaire entièrement. Trois ans de travaux y déploient tout le répertoire de l'Art nouveau, alors que le style commence à peine à gagner le Midi : la grande verrière à vitraux, la pâte de verre d'Italie du portail, les cuirs de Cordoue, les marqueteries, les stucs des plafonds, les ferronneries en volutes. Les lettres C et S entrelacées dans les décors disent Chauvain et Sinot ; certaines charpentes reçoivent un bleu si particulier qu'on l'appelle encore, un siècle après, le bleu Chauvain. En 1907, la demeure prend le nom de Villa Erialc : Claire, le prénom de son épouse, lu à l'envers.
Les artistes ne sont jamais partis. François Desnoyer peint en 1960 sa Grande verrière aux trois femmes sous celle de Chauvain ; Maurice Sarthou dessine les pins parasols du parc depuis les fenêtres de l'étage. Rachetée par la ville en 1964 pour être démolie, la maison échappe de justesse à la pioche et reçoit en 1970 l'école des beaux-arts, qui ne l'a plus quittée.
Mais on ne fait pas impunément travailler des générations d'élèves dans une villa conçue pour y vivre. Le bâtiment avait vieilli, la verrière atteignait le plus mauvais état de son histoire, l'école manquait de place, et la cour arrière disparaissait sous des constructions tardives sans qualité qui privaient la villa de son élévation ouest.
Le projet a restauré les décors — et les a protégés là où la pratique artistique les menaçait — avant d'ajouter à la maison une strate de plus, dans la logique de toutes celles qui l'avaient précédée. La cour libérée est devenue un grand atelier, haut et brut, où l'on peut accrocher, cloisonner, défaire sans précaution ; au-dessus, une terrasse a rendu le parc à l'école. Et à l'ouest, une seconde verrière d'acier et de verre est venue répondre à celle de Chauvain, à l'est. Elle ne l'imite pas : elle reprend son idée — greffer sur la villa une pièce faite de lumière — avec les moyens de notre siècle. Les volumes de brique qui l'accompagnent s'accordent aux campagnes successives sans chercher à s'y confondre. Cent seize ans après Chauvain, la maison a reçu sa verrière.
Mission :
Mission complète
Surface :
846 m² restaurés, 400 m² créés
MOA :
Commune de Sète
MOE :
A+P, mandataire ;
AAUN, architecte du patrimoine associé ;
OTEIS, ingénierie ;
Atelier Rouch, acoustique ;
Coloco, Gilles Clément et Véronique Mure, paysage
Budget — travaux HT :
2 815 439 € HT
Protection MH :
Édifice remarquable dans le site patrimonial remarquable de Sète


