Une serre qui a déjà voyagé une fois : la démonter, la soigner, la remonter — et lui rendre son métier de serre.
Elle n'est pas née à Marseille. À la fin du XIXe siècle, cette verrière était le jardin d'hiver du château de Montcalm, à Vauvert dans le Gard, au milieu des huit cents hectares du domaine de la famille Noilly Prat — la maison de vermouth, six cents ouvriers en 1902. Une structure de fer et de verre, chauffée à l'air chaud, dispositif rare pour l'époque.
En 1982, la Ville de Marseille l'achète, la démonte et la remonte au cœur du jardin botanique du parc Borély, où elle devient serre tropicale. C'est donc un édifice qui a déjà été défait et refait une fois, et qui porte les traces de ce voyage.
Ce qu'il en reste est un témoignage remarquable des constructions légères de son temps : douze colonnettes de fonte ornementées, une charpente d'acier et de fer puddlé, des profilés en T d'une extrême finesse, une toiture de verre à quatre pans que couronne un chapiteau à deux lanterneaux, et une coursive qui fait le tour en partie haute. Mais le clos et le couvert sont très dégradés, et la serre est aujourd'hui fermée au public. Elle est inscrite au titre des monuments historiques depuis le 5 septembre 2024, avec l'ensemble du domaine Borély.
Le projet reprend le geste de 1982, cette fois dans les règles. La structure métallique est intégralement démontée, décapée, traitée contre la corrosion, renforcée là où elle a cédé, puis remontée sur des fondations neuves. Les éléments trop atteints sont remplacés à l'identique ; les verrières sont refaites avec des profilés d'acier conformes aux originaux. Disparaissent en revanche la porte en PVC et le sas de fortune, qui dénaturaient l'écriture de l'ouvrage.
Restaurer une serre, enfin, c'est lui rendre son métier. Le projet réinstalle ce qu'il faut pour qu'elle abrite de nouveau des plantes : chauffage par pompe à chaleur, maîtrise de l'hygrométrie, ventilation naturelle par soufflets bas et ouvrants de toiture, arrosage des bacs. Le sol retrouve un dallage de terre cuite en opus spicatum, les plantations reprennent en pleine terre, et un parcours de médiation accompagne le visiteur.
Mission :
Maîtrise d'œuvre de restauration
MOA :
Ville de Marseille
MOE :
AAUN, architecte du patrimoine, mandataire ;
BMI, structure ;
Durand, fluides ;
Flavio Bonuccelli, scénographie
Budget — travaux HT :
1 685 929 € HT
Protection MH :
Inscrite au titre des monuments historiques dans le cadre de l'inscription du domaine Borély


