Ne pas s'adosser à la villa : c'est en gardant ses distances que l'extension lui rend justice.
En plein centre de La Crau, la villa des Tilleuls se tient en retrait de l'avenue, au milieu de son jardin, le long du béal de Jean Natte — un canal creusé au XVe siècle qui longe encore la ville. Avec ses deux tourelles, cet édifice de la seconde moitié du XIXe siècle est un repère pour les Craurois, au point qu'on l'appelle aussi le château. Mais il est inoccupé depuis des années, et l'abandon a fait son œuvre : fissures, infiltrations, dégradations intérieures.
La commune voulait deux choses. Rassembler en un seul lieu des activités associatives dispersées aux quatre coins de la ville, et y installer la salle des mariages de la mairie. Restaurer la villa, donc, et bâtir à côté d'elle — sur une parcelle qu'elle occupe seule depuis cent cinquante ans.
Notre réponse est venue d'une typologie ancienne : l'entre cour et jardin. Depuis l'entrée historique au sud, un axe traverse la parcelle, croisé par deux entrées d'est en ouest ; leur intersection dessine une série de carrés qui sont tour à tour salle d'activité, cour minérale ou jardin. On passe du jardin d'apparat aux cours plus sèches, puis aux jardins spontanés du fond. De cette alternance naît ce qu'un bâtiment unique et une grande cour n'auraient jamais permis : plusieurs activités simultanées, chacune chez elle.
Reste la question la plus délicate — comment construire à côté d'un édifice qu'on est venu servir. Nous avons refusé de nous y adosser : l'extension se tient à distance, plus basse que la villa, parallèle à elle et alignée sur l'îlot historique qui fait front au canal. Ses pignons de pierre massive se ferment vers le voisinage, pour l'acoustique d'abord, mais aussi parce que leur épaisseur loge les rangements et les locaux techniques, libérant des salles traversantes et lumineuses. Vers les cours, au contraire, les façades s'ouvrent entièrement, portées par une ossature de bois qui n'est pas un décor rapporté mais la structure elle-même. Bâtir auprès du patrimoine ne signifie ni s'effacer ni recopier : c'est installer un dialogue où chaque architecture parle de son temps et met l'autre en valeur.
Ce concours ne nous a pas été attribué.
Mission :
Concours de maîtrise d'œuvre sur esquisse+ (non retenu)
Surface :
1 734 m² de plancher
MOA :
Commune de La Crau
MOE :
AAUN, architecte du patrimoine ;
I2C, structure ;
Durand, fluides / QE ;
Marc Richier, paysage ;
DICOBAT, économie / OPC ;
Atelier Rouch, acoustique
Budget — travaux HT :
5 500 000 € HT


